Le compost humain : lubie loufoque ou opportunité écologique ?

On peut désormais être transformé en engrais après sa mort. Loin de toute considération religieuse ou morale, une loi américaine proposée par les habitants de Washington va permettre aux citoyens de choisir d’être transformés en engrais humains après leur mort pour économiser près de 1 000 kilos de carbone. Le compost humain… lubie loufoque ou réelle opportunité écologique ?

Le compost humain pour épargner 1 000 kg de carbone à la planète

Bientôt, les habitants de la capitale des Etats-Unis d’Amérique pourront rester écolo même après leur mort. Après la cérémonie solennelle et l’envoi des cartes de remerciement à ceux qui ont partagé la douleur des proches (à faire ici par exemple https://www.cieleden.com/3896-carte-deces/), le corps sera recouvert de copeaux de bois, de luzerne et de paille pour accélérer sa décomposition naturelle. Âmes sensibles, gardez-vous bien de lire la suite… même s’il ne s’agit là que d’une description factuelle d’un processus naturel. Les bactéries qui évolueront ainsi en milieu peu hostile libéreront leurs enzymes pour décomposer les tissus et les molécules riches en azote et en carbone. La température du cadavre humain pourra atteindre les 60° C pendant ce processus. Après environ un mois, le corps sera transformé en environ 1 m3 de compost humain, avec un intérêt environnemental certain. Il faut en effet savoir que l’incinération classique d’un corps libère en moyenne autour de 1 000 kg de carbone. Les familles pourront par la suite récupérer un pot de terreau pour se recueillir ou alimenter un jardin familial.

Pour mettre au point sa méthode de transformation des cadavres humains en compost écologique, la société américaine Recompose dit s’être inspirée des techniques d’agriculture qui consistent à transformer les cadavres des animaux d’élevage en compost. Cette « innovation » intervient dans un contexte où la recherche, notamment dans les laboratoires nord-américains, s’intéressent au corps humain dans une optique écologique. On débat également de l’éventuel intérêt de l’urine humaine pour la fabrication de certains engrais, par exemple. Rappelons qu’en France, seules les crémations et les inhumations sont aujourd’hui légales.

La place du cadavre humain est-elle dans un musée ?

A la fin des années 1970, Gunther von Hagens, un docteur quelque peu controversé, mettait au point une technique de préservation du cadavre humain : la plastination. Il s’agissait de remplacer l’eau des tissus humains par du silicone pour figer le corps et préserver l’élasticité de la peau sur plusieurs décennies. Mais la place du cadavre humain est-elle dans un musée ? La réponse à cette question peut être motivée par la religion ou la morale, qui restent des composantes individuelles que l’on ne dicte pas à tout un chacun. Mais la réponse à cette question peut désormais reposer sur une composante objective : le bilan carbone du corps humain après la mort (que l’on peut optimiser par le compost humain, donc), mais aussi le rôle du cadavre dans la nature. Qu’apporte-t-il au sol et aux êtres vivants ? Les bactéries ne sont pas les seules à attaquer le cadavre humain. Dès les premières heures suivant la mort, les mouches détectent une forte odeur qui les attire. Elles pondent leurs œufs dans les orifices naturels et leurs larves éclosent quelques jours plus tard. Le cadavre est colonisé par huit « escouades » d’insectes selon des observations du vétérinaire français Jean-Pierre Mégnin (1894).

D’ailleurs, l’embaumement cher à certains scientifiques n’est qu’un sursis pour le corps, dans la mesure où le remplacement des liquides corporels par du silicone n’est pas en mesure d’arrêter la décomposition naturelle du cadavre humain. En fin de compte, et c’est peut-être terrible de le dire, seuls les dents et le squelette survivent au temps. Et c’est peut-être mieux ainsi. Même s’ils peuvent rester plus ou moins solides pendant un demi-siècle, les os finissent par se fragiliser puis par casser. La crémation et le compost humain ne sont donc que deux moyens pour arriver à la même fin… à la différence près que la seconde méthode épargne à la nature quelque 1 000 kg de carbone par cadavre.